La souffrance des familles et des proches mais également des soignants est liée également à l’ambivalence que chacun éprouve à l’égard d’autrui et qui est un trait de notre psychologie humaine.
L’ambivalence est définie comme "la présence simultanée, dans la relation à un même objet, de tendances, d’attitudes et de sentiments opposés, par excellence l’amour et la haine."
L’ambivalence concerne trois domaines :
Le domaine intellectuel : le sujet peut énoncer en un même temps une proposition et l’inverse ;
celui de la volonté : la personne veut une chose et son contraire ;
et le domaine affectif : le sujet est capable d’aimer et de haïr, simultanément, la même personne. "
Fréquemment les familles expriment à l’équipe leur souhait d’assister aux derniers moments de leur proche et, le moment venu, elles prétextent de multiples empêchements. Ainsi, la fille de Mme O :
Fille :
"Je voudrais tellement être là quand elle va mourir...J’ai du mal à rester dans sa chambre...C’est trop dur…Je sors pour respirer un peu. Je règle aussi toutes ses affaires pour ne pas avoir à tout faire après, ça me fait une curieuse impression de déjà donner certaines de ses affaires alors qu’elle est toujours là !"
Le lendemain, je propose à cette femme de rester, la nuit, auprès de sa mère dont l’état s’aggrave.
F :
"Non, ce soir je suis prise."
Msr : "Je suis inquiète pour votre mère. Si vous souhaitez être là ! A tout moment elle peut mourir...Pourriez-vous vous organiser pour demain ?"
F :
"Oui, je vais demander à une amie de rester ce soir et demain je le ferai."
Le lendemain, la malade dort beaucoup et réagit de moins en moins. Une amie prend le relais de la fille qui va se reposer et effectuer quelques démarches. Quelques heures plus tard, nous tentons vainement à plusieurs reprises d’appeler sa fille. La malade décède en son absence.
L’ambivalence des malades rend difficile les décisions à prendre par les soignants et l’entourage :
Si le terme d’ambivalence est parfois employé dans un sens très large " activité-passivité ", c’est dans l’opposition " amour-haine " qu’il est le plus net.
Ces sentiments contradictoires sont difficiles à reconnaître en soi. Nous préférons ignorer notre ambivalence de crainte qu’elle ne ternisse le sentiment d’amour.
Freud nous éclaire sur ce point, en montrant que la vie amoureuse n’en est pas affaiblie et qu’étonnamment
"la nature, en travaillant avec ce couple d’opposés : amour et haine, réussit à maintenir l’amour toujours en éveil et dans sa fraîcheur, pour lui donner assurance contre la haine aux aguets derrière lui." [9]
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