CONCLUSION
Le titre de cette intervention posait une question : « La mort médicalisée : maîtrise ou accompagnement ? »
Cette opposition ne me convient pas. A mon avis, la mort médicalisée consiste en un traitement raisonnable, et pas seulement d’une maîtrise des symptômes, associé à un accompagnement. Cela suppose une considération du malade, une écoute de ses demandes et de son désir, le recueil et le respect de son consentement. A cette étape de la maladie, les médecins et les autres soignants ressentent de façon plus aiguë peut-être leur incertitude et leur impuissance, et doivent apprendre à les gérer au mieux.
Plutôt que de vouloir légiférer sur l’euthanasie, il nous semble important de réfléchir à l’abstention, l’interruption de certains traitements, ou à leur refus par les malades. Un exercice plus sage de la médecine éviterait un grand nombre de demandes d’euthanasie de la part des malades, de leur entourage, et même de certains soignants.
Par ailleurs, une plus grande considération du malade comme adulte et interlocuteur privilégié des soignants éviterait la peur de mourir à l’hôpital qui comporte la crainte de n’être ni entendu, ni consulté quant aux décisions à prendre..
Les familles comme les malades s’interrogent souvent sur le « sens » des dernières semaines de la vie. Les soignants partagent parfois aussi cette question. Il est important de privilégier la relation à l’autre qui peut donner « sens » à la vie, et la sollicitude qui permet à l’autre de se sentir estimé comme un sujet, quel que soit son état, jusqu'à la fin de sa vie.
Le Conseil Permanent de la Conférence des évêques de France (3) invite à une attitude de vraie compassion :
« La vraie pitié, celle qui mérite le nom de compassion, est espoir de communion avec la personne éprouvée, au risque de la souffrance due à une telle proximité. Certains se laissent ébranler par les changements survenus chez autrui, qui portent atteinte à son image et le défigurent. L’homme compatissant cherche, quelles que soient les apparences, la grandeur de celui ou celle qui a été et qui reste un frère ou une sœur en humanité, un fils ou une fille de Dieu. Certains, mus par une forme de pitié, en viennent à dire que l’existence d’autrui n’est plus humaine, comparable à la nôtre. L’homme compatissant parvient à reconnaître l’humanité même sous des formes qu’il ne souhaite pas pour lui-même. La pitié, si elle désespère de le valeur d’autrui et de sa vie, se renie elle-même et peut devenir homicide. La pitié qui est vraiment compassion cherche humblement à aimer. »
De plus, il souligne la responsabilité particulière des chrétiens :
« Les chrétiens adhèrent, par la foi, au Christ qui a vaincu la mort et ouvert à l’humanité le passage vers une vie nouvelle, transfigurée. Qu’ils soient, dans le monde, des témoins de leur espérance. De tout temps les familles chrétiennes ont veillé à entourer de leur présence, fût-elle muette et désarmée, leurs proches parents au moment de leur départ ; cette tradition, plus que jamais, doit être maintenue, si nécessaire redécouverte. Nous adressons tous nos encouragements, et confirmons la mission qui leur a été confiée, aux membres d’équipes d’aumônerie catholique de malades, aux prêtres, aux religieuses. S’adonnant avec cœur à l’accompagnement des malades et de leurs familles, à la pastorale des derniers moments de la vie, ils portent un témoignage de foi et d’humanité qui est devenu aujourd’hui d’un très grand prix. La présence attentive auprès de celui qui s’en va est souvent, nous en sommes bien conscients, une expérience éprouvante. Ceux qui ont su dépasser leurs peurs et se rendre ainsi disponibles reconnaissent cependant qu’ils ont reçu plus qu’ils n’ont donné. »
<<< 10/11 >>>
|