VIII - Emploi de médications sédatives ou « faire dormir le malade » (8)
Le Conseil Permanent de la conférence des évêques de France (3) aborde cette question :
« Les soignants demandent s’il est légitime, dans de tels cas (situations intolérables), et lorsque la mort est proche, de plonger le malade dans un sommeil artificiel.
Voici notre position. Depuis toujours, l’Eglise catholique a accordé une grande importance aux pensées et aux actes de l’être humain parvenu à proximité de sa mort. L’expérience acquise par ceux qui ont accompagné de grands malades renforce cette conviction. Les derniers moments peuvent être l’occasion de sentiments, de paroles, ou d’autres formes de communication, de décisions, importants pour le mourant et son entourage. Beaucoup souhaitent la présence de proches, d’amis, de membres de leur communauté religieuse ; certains veulent garder la possibilité de prononcer une dernière prière, de recevoir une dernière fois un sacrement. Les en frustrer répugne au sentiment chrétien, et même simplement humain. Il ne faut donc pas, sans raison grave, priver le mourant de sa lucidité et de sa conscience. Comme le disait le Pape Pie XII, l’anesthésie (c’est à dire la suppression de la sensibilité générale et de la conscience), employée à l’approche de la mort, dans le seul but d’éviter au malade une fin consciente, serait non plus une acquisition remarquable de la thérapeutique moderne, mais une pratique regrettable.
Il arrive cependant que des malades proches de leur fin soient écrasés par des souffrances physiques ou morales que personne n’arrive à atténuer, qu’ils manifestent un désir de dormir et qu’ils jugent n’avoir plus à accomplir de tâches qui requerraient leur lucidité ; dans ces cas, et eux seuls, si l’on veille à continuer les soins nécessaires et si le maniement des diverses médications manifeste que l’on a pour unique objectif d’arracher ces malades au mal qui les accable et non pas de hâter ou de provoquer leur mort, alors nous jugeons qu’il est acceptable d’induire et de maintenir plus ou moins longtemps un sommeil artificiel. De telles décisions sont d’ailleurs exceptionnelles là où les malades sont bien soignés et accompagnés. Leur fréquente répétition dans une institution sanitaire serait sans doute le signe d’un manque grave dans l’accueil et dans l’organisation des soins. La recherche médicale doit être poursuivie, de manière à permettre d’éviter à l’avenir des décisions ressenties comme profondément insatisfaisantes par bien des soignants et des familles. Un soutien adéquat doit aussi être apporté aux équipes soignantes, spécialement à celles qui ont à remplir leur tâche dans des conditions particulièrement difficiles. »
La décision de provoquer le sommeil me semble acceptable au plan éthique dans le respect des conditions suivantes :
Il n’y a pas d’autre alternative satisfaisante pour le malade. Pour certains soignants ou proches du malade, l’euthanasie devient la seule solution. Nous pensons que l’induction d’un sommeil artificiel permet d’éviter cette demande ou, tout au moins, de l’écouter et de proposer un réel soulagement.
La décision répond à la demande du malade. Elle émane d’une négociation avec lui et d’une concertation entre soignants.
La famille est informée.
Il n’y a pas abandon du malade. Tous les traitements et soins nécessaires sont associés et l’accompagnement du malade est maintenu.
Les médications sont maniées de manière à adapter la profondeur et la durée du sommeil à la situation du malade. Nous avons pu constater qu’il est le plus souvent possible de maintenir une certaine forme de conscience, qu’un travail « intérieur » s’effectue de façon encore inexpliquée, et que certains malades, à leur réveil, communiquent verbalement avec leur entourage. Par contre, lorsque la situation de détresse est irrémédiable et la mort imminente, il n’y a d’autre remède que d’entretenir le sommeil du malade ; l’objectif devrait alors être d’obtenir le moindre inconfort et non d’accélérer la mort.
Faire dormir un malade quand on ne peut pas mieux le soulager n’est cependant pas une solution satisfaisante, même si le malade est effectivement apaisé et son entourage aussi.
Nous devons chercher à mieux comprendre, mieux évaluer et mieux traiter les symptômes difficiles comme la dyspnée et l’angoisse. La recherche s’impose en soins palliatifs comme en toute autre discipline.
Actuellement, ce sommeil provoqué chez le malade, est appelé « sédation ». Ce terme prête à confusion, et désigne des pratiques très différentes. Personnellement, je préfère l’expression « faire dormir le malade » mais il serait plus exact de parler, comme Patrick Verspieren le conseille, d’utilisation de sédatifs en cas de symptômes réfractaires (conférence en Mai 1998 à l’hôpital Saint Louis).
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