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III - L’acharnement ou l’excès thérapeutique

 

Le développement des techniques et des moyens médicaux est positif et même extraordinaire. Leur emploi par contre n’est pas toujours opportun, et parfois excessif.

Cet excès thérapeutique est souvent à l’origine des demandes d’euthanasie et mérite d’être plus précisément défini : je parle d’excès quand les traitements ou les techniques d’assistance institués ou continués ne sont pas ou plus utiles au patient, quand leur efficacité est incertaine, ou qu’ils entraînent une contrainte très pénible et supérieure au bénéfice espéré.

Le code de déontologie invite les médecins à la prudence (7):

         «En toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances de son malade, d’assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou les thérapeutiques (Art. 37).»

         «Les médecins ne peuvent proposer au malade ou à leur entourage, comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique du charlatanisme est interdite (Art. 39).»

Ce dernier article n’est pas seulement à prendre en compte en cas de charlatanisme.

Il y a d’autres circonstances où la question se pose :

Certains médecins ne parviennent pas à accepter la mort. Elle entraîne chez eux un sentiment d’échec qui les pousse à agir « jusqu’au bout » mais de façon inopportune et déraisonnable.

Les proches et les malades eux-mêmes, confiants en la technique, ne comprennent pas parfois que malgré tous ses progrès, la médecine reste impuissante dans certaines situations. Ils demandent alors avec insistance de recourir à tous les moyens possibles, même s’ils sont dépassés.

Le malade est souvent mal informé et de son état, et des traitements proposés. Il consent aux propositions mais de façon souvent non éclairée, faisant confiance au médecin qui le lui propose.

Pie XII s’est prononcé dès 1957 (10), sur les problèmes religieux et moraux de la réanimation :

« L’homme a le droit et le devoir de recevoir les soins nécessaires pour conserver la vie et la santé. Ce devoir n’oblige habituellement qu’à l’emploi de moyens ordinaires (suivant les circonstances de personnes, de lieux, d’époque et de culture), c’est à dire de moyens qui n’imposent aucune charge extraordinaire pour soi ou pour un autre. (La vie, la santé, toute l’activité temporelle sont en effet subordonnées à des questions spirituelles). Il n’est pas interdit de faire plus que le strict nécessaire pour conserver vie et santé, à condition de ne pas manquer à des devoirs plus ou moins graves.

Les droits et les devoirs des médecins sont corrélatifs à ceux du patient. En général, le médecin ne peut agir que si le patient l’y autorise explicitement ou implicitement (direct ou indirect).

La technique de réanimation dont  il s’agit ici n’a rien d’immoral, le patient peut donc donner l’autorisation s’il en est capable, au médecin de l’employer. Cependant ces formes de traitements dépassent les moyens ordinaires auxquels on est obligé de recourir, on ne peut soutenir qu’il soit obligatoire de les employer, et par conséquent d’y autoriser le médecin. De même pour les familles, en l’absence de consentement du malade, elles ne sont obligées à demander que des moyens ordinaires pour le patient. »

Aujourd’hui, il n’est plus question de moyens ordinaires ou extraordinaires, la limite étant difficile à préciser, mais de moyens proportionnés ou disproportionnés à la situation du malade, et aux objectifs à atteindre.

Pour évaluer la pertinence des traitements il est nécessaire de s’interroger sur leur bénéfice réel pour le patient envisagé dans sa globalité.

Le Conseil permanent des évêques de France (1991)(3) « demande à tous ceux qui ont une part de responsabilité en ce domaine d’approfondir leur réflexion sur le juste emploi des moyens médicaux », un usage proportionné des moyens thérapeutiques, et il se réfère aux textes de Pie XII et de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (10) « Déclaration sur l’euthanasie »(1980) :

« On appréciera les moyens (médicaux) en mettant en rapport le genre de thérapeutique à utiliser, son degré de complexité ou de risque, son coût, les possibilités de son emploi, avec le résultat qu’on peut en attendre, compte tenu de l’état du malade et de ses ressources physiques et morales. Il est légitime de s’abstenir des traitements qui apporteraient peu de bénéfices au regard des désagréments et des contraintes, des effets nocifs ou des privations qu’ils entraîneraient, en ayant le soin de leur apporter une autre forme d’assistance (soulagement et accompagnement). »

Cette question de l’excès thérapeutique pose une autre question, celle de l’information du malade et de son consentement.

 

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Dernière mise à jour le:  28/09/2006
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